Et plus car affinités

Octobre 2017 – Février 2018 

 

Françoise Perrachon sur l’œuvre de Julie Legrand:

Écoulements, flux, envols, empilements improbables, arborescences, pierres germées, résurgences de l’enfoui… les installations et sculptures de Julie Legrand surgissent çà et là, d’un mur, d’un plafond, s’élèvent en bulles, bulbes et fleurs, s’érigent en tiges, essaiment, se lient et se délient, lévitent.

Julie Legrand interroge le biologique, la structure infime de la matière, les phénomènes organiques et leur fonctionnement.

Les objets qu’elle collecte sont des éléments naturels  –  cailloux, roches, branches et troncs, plumes…, ou des artefacts artisanaux et industriels –  filets de pêche, verre à vitre, pneus, tuyaux… Elle les explore, les sonde, fouille et outrepasse le champ de leur signification première pour évoquer ses émotions, ses rêveries, les pensées qui la traversent et ses réflexions sur le passage du temps, l’amour, le désir, la colère, le lien…

« Chaque œuvre est la cristallisation à un instant donné de la convergence entre matière et matériaux, technique, théorie, vécu, lieu, objets et rencontres ». Plusieurs milliers de feuillards en plastique, Les liens coupés, s’agrègent en une large boule compacte qui a pour socle un lit deux places.

C’ est le Bouquet ! Érotisme et humour se côtoient lorsque les nœuds d’un parquet reprennent vie, tels des graines germées qui montent, des tiges phalliques qui se dressent.

Dix ans plus tard, le verre filé a remplacé le bois avec Ithyphallique mandragore.

Dans le hall d’entrée d’une grande maison, des lacets de silicone coulent des anfractuosités d’un pilier de béton, comme si le sable et le gravier prélevés régurgitaient des algues entéromorphes.

D’une installation clin d’œil à un Dégâts des eaux où des vases baroques servent de déversoir à l’humidité qui suinte du plafond, naît une nouvelle installation : Sens dessus dessous ; les moisissures ont muté en tâches de couleurs, les vases empilés soutiennent le plafond.

Parfois le fil est à l’honneur, lorsqu’il se déverse à grands flots du garde-corps d’un escalier ; parfois ce sont des bulles de verre qui se mêlent à la végétation, ou d’énormes bulles de savon qui sortent des fenêtres, des bouches d’égout, des poubelles…

Julie Legrand s’est formée à la pratique du verre soufflé au chalumeau et à la canne. « J’apprécie la malléabilité de ce matériau, son dynamisme et les multiples possibilités d’associations qu’il offre ». Elle ne délègue pas la fabrication de ses pièces, préférant apprendre les techniques artisanales et industrielles pour mieux les détourner et les faire à sa main.

Qu’elles soient hautes en couleurs, translucides, en larmes perlant des murs ou sombres comme dans Noires les ronces, noir mon cœur, les œuvres de Julie Legrand témoignent d’allégresse, d’enthousiasme, d’intensité et de curiosité pour la richesse et la fragilité de l’être au monde.

Arborescences, racines traçantes, rhizomes, communication végétale, les œuvres qu’elle expose au DOC pour In-Natura, témoignent de la force de la matière et du vivant. Elle capture et rend visible l’énergie à éclore et à se développer. L’artificiel se fond avec les éléments naturels pour donner des formes hybrides où le verre fusionne avec le bois en créant de nouveaux possibles.                               

Ainsi, Demain est un autre jour, pourvu d’une nature augmentée : sur un tronc d’arbre de plus de deux mètres, des rejets de verre filé poussent en bouquets ; un bloc de charbon pleure; deux pierres suspendues vont Prendre racine, chacune développant une arborescence qui tend vers l’autre. Tandis que des Œufs de verre, dont la vésicule germinative transperce la membrane, brûlent la tablette sur laquelle ils reposent.

Ces  jeux de cache-cache entre réel et fantastique donnent toute une poétique à l’œuvre de Julie Legrand.

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