16 mai 2013

Taysir Batniji

Taysir Batniji est né à Gaza en 1967. Peu après, les territoires palestiniens seront occupés.

L’artiste, dit pluridisciplinaire, adapte chaque projet à la discipline qui lui semble la plus adaptée à son propos : (photographie, peintures, création ou assemblages d’objets, installations, photographies, vidéos, performances) cette liberté artistique lui permet de dire : « Je cherche un langage artistique qui corresponde à ma manière de vivre, au fait que je circule tout le temps, et quireflète aussi la situation des Palestiniens aujourd’hui, entre présence et nonprésence, entre déplacement et urgence ».

La vidéo Gaza Journal Intime s’exprime avec une incontestable force symbolique entre les coups et les fractures : entre la rupture visuelle du moniteur vidéo et l’itinéraire haché du spectateur. Le fameux hachoir à viande de Taysir Batniji, en alternance avec des images de passage de l’une des frontières qui séparent la Palestine de ses voisins, s’abat brutalement sur de gros morceaux de viande.

Réalisée en Palestine en 2001, cette vidéo interroge la pesanteur symbolique les qualités et les propriétés du milieu vidéographique autant que le poids politique d’une autre fracture, celle qui sépare les gens d’un pays de ses voisins. Des images fixes démultipliées s’enchaînent préservées par la continuité de la bande son avec les images filmées en gros plan de coupe.

 

Mohamed El baz

Dès 1993, Mohamed El baz a entrepris de nommer toute déclinaison de ses œuvres : Bricoler l’incurable. Y apposer : Détails n’est pas innocent.

Chaque œuvre s’appuie avec dextérité et de façon particulièrement aboutie sur les fondamentaux que cette œuvre recouvre : un ensemble de thèmes récurrents, remis en abîme dans ses installations, toujours les mêmes, toujours autres… Ainsi : la voiture, les photos intimes, la représentation des témoins, les photos-feux, le hasard et les cartes, jeux de cartes, cartes du monde, les mots, le langage, l’archive, la lumière, les représentations de la mort, les systèmes combinatoires etc.
Calée entre les enjeux que ces images soulèvent, le chemin tracé par Différence et Répétition de Gilles Deleuze et les aphorismes d’Emil Michel Cioran tant prisés par nombre d’artistes contemporains, la voie est royale mais avantageusementcontraignante.

Mohamed El Baz a grandi en France. Arrivé à l’âge de 6 ans, il y a grandi, y a fait ses études et est devenu à partir de là un artiste international. Il se défie donc, à juste titre, de l’image du « marocain » qui lui est occasionnellement accolée: « Dans mes pièces j’ai toujours fait en sorte de ne pas me servir de « ça ». Parfois même avec douleur et retenue car j’avais des envies associées à ma culture d’origine ; mais je me disais je ne peux pas faire ça. C’est même une chose contre laquelle je me suis vraiment battu. C’est étrange en réalité, j’ai vécu les choses à contresens : Avant ça rendait la diffusion impossible d’être arabe. Ensuite le vent a tourné du tout au tout. Aujourd’hui on te montre parce que tu es algérien ou marocain ! ».
Dont acte, mais il est ainsi advenu qu’en bricolant l’incurable quelque chose a été révélé… « cela permet – constate El Baz – de créer des espaces de possibles et non de se poser des questions de direction et de gestion des sources ; ce qui est moins intéressant ».

Bricoler l’incurable signifie surtout la vocation d’un projet qui consisterait à penser en images, de façon abstraite, sans jamais détailler le pourquoi des choses, mais en pariant d’un essai à l’autre, de Détails en Détails, sur leur confrontation visuelle.

 

Fouad Bellamine

Fouad Bellamine s’est imposé par des œuvres majeures mêlant intimement esthétique et mémoire et affirmant une autonomie souveraine de la pensée picturale dans le monde arabe, où traditionnellement la littérature l’emportait sur la culture visuelle. Il fait le choix, dès ses premières années de recherche, d’associer le geste et la pensée et d’essayer d’amener la peinture à un niveau d’expressivité.

Son œuvre révèle dès lors une grande maîtrise picturale en même temps qu’elle délivre une émotion profonde de la mémoire du peintre. La référence récurrente dans sa peinture aux éléments architecturaux de Fès sa ville natale, tels que le dôme, voûtes, arcs et niches, agit comme la madeleine de Proust, l’un de ses auteurs préférés, qui porte « l’édifice immense du souvenir ».

Les engagements esthétiques de Fouad Bellamine et de la scène artistique de l’époque sont étroitement associés.

La profondeur et la richesse du travail de l’artiste passe par ce va-et-vient entre sa culture d’origine et ses références à l’histoire de l’art occidental, ainsi que sa réflexion sur le rapport entre le visible qu’il « voile » et l’invisible qu’il cherche à « révéler ».

 

Hicham Benohoud

Hicham Benohoud débute sa carrière presque par un détour. En tant qu’enseignant d’arts plastiques pendant treize années dans un collège marocain, il se livre à l’étude photographique de ses élèves qu’il met en scène dans La Salle de classe, réflexion développée neuf ans durant. La richesse du dialogue entamé lui donne envie d’aller plus loin dans sa recherche à travers l’image sur les fondements de l’identité individuelle et collective. Une autre série, portant sur les mêmes thématiques – 4 455 petites images sur un mur – est par ailleurs exposée dès 1998 à l’Institut français de Marrakech, lieu qu’il fréquente assidûment et qui, selon son propre aveu, lui permit à l’époque « d’enrichir ses connaissances dans un pays où il n’y avait ni galerie ni musée ». Un voyage en France cette même année, et la rencontre avec l’art international, marque un tournant dans sa carrière d’artiste à laquelle il se consacre désormais entièrement.

Dans les travaux photographiques réalisés depuis lors, la question de l’identité, de son détournement et de son respect au sein d’une société cloisonnée reste toujours centrale. Qu’il s’attache à capter l’image de son propre corps ou de son visage, l’intimité d’autrui ou d’un groupe, le passage du signe identitaire prend souvent la forme d’une mise en scène qu’il improvise.

Hicham Benohoud a travaillé avec les enfants d’Azemmour (2007), au Maroc, dans le cadre d’une commande publique. Ce fut l’occasion de créer une relation étroite avec des enfants livrés à eux-mêmes et victimes d’inégalités sociales et culturelles. Leurs corps se voyaient ligotés, occultés ou encore attachés à leur environnement, toujours dans une relation avec des objets trouvés sur le parcours.

Hicham Benohoud est né en 1968 à Marrakech, au Maroc. Il vit et travaille à Paris.

Ali Cherri

Les vidéos et les photographies d’Ali Cherri explorent – entre le réel et le virtuel, le physique et le numérique – tous les territoires qui nourrissent son attention. Avec une maîtrise visuelle technique et rythmique qui sert une réflexion philosophique, poétique et politique, l’artiste réalise des expériences intimes, sensorielles, et énigmatiques.

« Drôles de territoires : paysages minés, éventrés, déchiquetés, effondrés ; espaces célestes apaisés, lisses, immobiles… Les espaces, les paysages, les villes, les foules, les visages filmés par Ali Cherri atteignent à une sorte d’abstraction définitive, comme s’il cherchait à révéler une autre réalité …/… Beyrouth et ses foules en perpétuels déplacements. Transhumance forcée, exil permanent. Paysages et foules arrêtés, pétrifiés, réifiés. Villes et foules d’après les combats sur lesquels Cherri pose un regard distancié évoquant avec poésie un sentiment de perte, une étrange quête d’identité » écrit Gilles de Bure.

Il utilise à cette fin aussi bien la vidéo que l’installation, la performance et l’art multimédia.

Entre politique, philosophie et poésie, il se fraye un chemin à travers les images et les représentations destiné à sensibiliser le monde aux enjeux et problématiques du Liban et du monde arabe.

Né à Beyrouth en 1976, Ali Cherri vit et travaille entre Beyrouth et Paris.

Mounir Fatmi

Œuvrant à l’interface des cultures, mounir fatmi explore le monde contemporain et met en scène une représentation de ses tensions et de ses paradoxes. Il analyse ses contextes politiques et culturels. Il met en scène à travers la photographie, la vidéo, la sculpture et les installations une représentation de ses tensions et de ses paradoxes.

Lorsqu’il revient sur son enfance à Tanger, ville adoptée autrefois par la Beat Génération, mounir fatmi évoque la curiosité qui l’animait déjà et qui fonde sa pratique actuelle.

Ses intérêts esthétiques et conceptuels passent par sa jeunesse au Maroc, ses études artistiques en Italie jusqu’à son installation à Paris.

Une étude approfondie de ses œuvres majeures révèle à quiconque veut bien s’y pencher, la permanence de ses préoccupations en matière de langage et d’architecture, ainsi que la force percutante des œuvres juxtaposant différents niveaux de culture, le profane et le religieux, l’Orient et l’Occident.

Mounir fatmi est né en 1970 à Tanger. Il fait ses études à Rome. Retourne au Maroc où il travaille avant de s’installer aussi en France. Il présente ses œuvres dans le monde entier. Il vit entre Paris et Tanger.

Halim Al Karim

Des œuvres se créent aujourd’hui qui ne ressemblent à rien de ce que nous connaissions auparavant. Elles ne procèdent d’aucun programme esthétique établi. Elles ont pris leur envol avec une soudaineté inimaginable et se sont affirmées avec beaucoup de singularité. Elles inventent leurs propres règles dans une indépendance et parfois même une solitude que seules leur originalité et leur libertéégalent. Sa liberté chèrement acquise au prix d’errances, de souffrances et de quêtes individuelles, Halim Al Karim traverse le monde, un monde qui pèse du poids de tous les chambardementscontemporains. Il est l’un des acteurs importants de cette génération d’artistes arabes que les événements récents de la scène internationale ont contraints à effectuer ce grand écart planétaire, géographique et culturel. Avec opiniâtreté, il a mis en œuvre les codes et les moyens de sa propre recherche artistique. Sans urgence, il a tout assumé au plus près des déserts de l’âme et de ceux, cruels, d’une jeunesse immergée dans la guerre. Cette déréliction ne l’a plus quitté.

Entre les Etats-Unis, Dubaï et la Hollande (ses pays de résidence), à travers le monde, et enfin en Irak, bien sûr (son pays d’origine), Halim Al Karim s’est nourri et enrichi, d’expériences diverses, souvent douloureuses, qu’un isolement intime, irréversible, connecte désormais à des formes d’art qui s’expriment entre le secret et la quête d’une vérité indicible. A force de se placer en résonance avec le monde, ses œuvres ont accédé au sens en inventant des formeset des symboles qui lui ont permis d’exprimer ses obsessions et de rendre compte de ses propres problématiques de manière inédite à travers des œuvres à regarder par-delà leur invisibilité première.

Mehdi Meddaci

Mehdi Meddaci est diplômé du Fresnoy et de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Il travaille sur les images et leurs représentations qui s’élaborent entre cinéma et art vidéo. Ses films-installations se nourrissent d’une expérience à la fois directe mais aussi distancée du réel. Traversés par la question de l’identité et de l’exil, oeuvrant à la lisière des cultures, ils tentent une sorte de passerelle visuelle et mentale.

En 2008, il se fait remarquer par la réalisation de son oeuvre Lancer une pierre. Cette vidéo aborde sous une forme métaphorique le rapport à la réalité présentée comme un écran, dans le sens d’un élément de projection, comme dans celui d’un mur que l’on pourrait rêver de briser. Son dernier projet, intitulé Tenir les murs, amorce une tentative de définition du cinéma comme le lieu de perception d’un « corps qui regarde défiler du temps ».

Il travaille subtilement le ralenti du défilement des images. Il a souvent recours à ce procédé esthétique, avec lequel les pionniers de l’art-vidéo nous ont familiarisés dans l’art contemporain. Dans sa vidéo Alger la Blanche, le ralenti de l’image confère de la majesté aux mouvements d’un corps drapé dans un haïk blanc immaculé marchant dans la baie d’Alger. De ce drapé sensuel et paisible surgit progressivement le corps d’une femme munie d’une arme et qui se déploie dans un étirement théâtral en tirant un coup de feu assourdissant vers le haut.
Cette vidéo, réalisée en hommage à sa grand-mère qui a fait de la résistance, évoque l’héroïne Nedjma, de Kateb Yassine, qui incarne chez lui la femme fatale, femme étoile, et qui apparaît aussi comme l’incarnation d’une Algérie profanée et irréductible au prisme du regard colonial.

Mehdi Meddaci est né à Montpellier. Il vit et travaille en France.

Yazid Oulab

Diplômé de l’Ecole des beaux-arts de Marseille, il utilise des médias aussi divers que le dessin, la sculpture, la photographie ou la vidéo. Il fait partie de ces artistes maghrébins résidant en Europe dont la sensibilité est marquée par ce métissage de liens culturels et affectifs entre les deux rives de la Méditerranée. Dans ses œuvres au caractère le plus souvent autobiographe, Yazid Oulab explore inlassablement le thème du lien et de la transmission qu’il transpose dans des créations d’une grande polysémie. Il s’inspire également de la poétique « soufie » pour créer des œuvres empreintes de spiritualité.

On l’aura vu dans la vidéo Le souffle du récitant comme signe, qui est une méditation sur la mystique soufie, selon laquelle la poésie est la voie essentielle pour approcher les mystères. Des voix récitant une sourate du Coran font apparaître une simple figure : les fumées de l’encens, agitées par le souffle des orants, dessinent des volutes dont la cursivité évoque l’écriture.

Le cheminement spirituel n’est que l’une des clés de lecture de son œuvre. En 2006, il aborde le thème du clou : ce signe fait référence au travail d’ouvrier en bâtiment dévolu aux immigrés, l’artiste ayant lui-même exercé ce métier à son arrivée en France.

Yazid Oulab expose depuis le début des années 1980 des deux côtés de la Méditerranée, mais aussi à Ankara, à Dubaï et à New York. Il a participé à de nombreuses expositions prestigieuses. Né en 1958 à Constantine en Algérie, il vit et travaille à Marseille.

Faisal Samra

Faisal Samra fait partie de cette génération d’artistes contemporains arabes qui, après avoir assimilé la culture de l’image, se sont émancipés des vois classiques de la représentation et font aujourd’hui voler en éclats bon nombre de dogmes et de tabous. Il développe un travail où s’entremêlent les pratiques de performances, vidéo installation et photographie avec pour thème récurrent le corps qui devient un territoire où les géographies, les cultures s’amalgament, se rencontrent ou s’opposent.

Plusieurs de ses œuvres représentent l’artiste, couvert de masques, de voiles ou de bandages qui vont jusqu’à faire disparaître son visage. Il se contorsionne dans des postures noueuses, complexes qui lui donne parfois l’air d’étouffer, comme s’il cherchait désespérément à se libérer. Il se dégage de ces images expressives, évoquant un trouble de l’être dans l’héritage de Francis Bacon, une force émotionnelle et spirituelle.

Certaines prises de position de l’artiste nous permettent de mieux appréhender sa démarche et la richesse polysémique de ses images en résonance avec le monde contemporain.

Né au Bahreïn, de nationalité saoudienne, diplômé de l’Ecole des beaux-arts de Paris, Faisal travaille entre le Bahreïn et Paris. Partagé entre plusieurs cultures et nourri d’alluvions multiples, cet artiste est particulièrement soucieux d’articuler l’individuel et le collectif.

Larissa Sansour

Larissa Sansour réalise des œuvres inspirées du cinéma de genre, de séries télévisées ou encore de bandes dessinées, l’artiste n’hésitant pas à puiser largement dans la culture populaire. Westerns spaghetti, films de science-fiction ou d’horreur sont hybridés avec des aspects politiques et sociaux de la réalité, liés à la situation palestinienne ou plus largement moyenne orientale. Portant un regard sur une géopolitique chargée de conflits, de tensions et de drames, elle utilise les ressorts de la fiction pour démonter les clichés et les stéréotypes ethniques, sociaux. Travaillant la vidéo mais aussi l’installation, la photographie ou encore le livre, elle crée des œuvres empreintes d’humour et d’une dimension critique, ancrées dans le monde contemporain.

Nation Estate, film de 9 min est une dystopie clinique, teintée d’humour sur l’impasse du problème palestinien imaginant une structure verticale pour l’Etat Palestinien. Dans ce film de science fiction , les palestiniens ont leur Etat qui se résume à un gigantesque gratte ciel : the Nation Estate. Il héberge l’entière population palestinienne qui mène enfin la grande vie. Chaque ville a son propre étage : Jérusalem est au 3ème étage, Ramallah au 4ème, Bethléem (ville natale de l’artiste) au 5 èmeétage et ainsi de suite. Les voyages entre les villes, auparavant régulés par les check points, se font par voie d’ascenseurs les contrôles sont devenus cybernétiques, il suffit de présenter son empreinte digitale ou l’iris de son œil. Aspirant à une identité propre, le vestibule de chaque étage représente les lieux et les repères emblématiques de chaque cité. Le personnage féminin folklo est interprété parLarissa Sansour elle même. Elle rentre chez elle après un voyage.

Le projet Nation Estate comprend un court métrage, 7 tirages photos, un poster et une maquette du bâtiment Nation Estate. Le film renvoie à la situation présente du Moyen-Orient. Les idées du futur tendent à apparaître comme des clichés mais tout à la fois comme très visionnaires.

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